La reconstruction de Notre-Dame

23 avril 2019

Lundi 15 avril, nous découvrions avec effroi en direct à la télévision et sur les réseaux sociaux qu’un terrible incendie était en train de ravager Notre-Dame de Paris. En quelques heures, la toiture vieille de plusieurs siècles fut partiellement détruite. Faisons un point sur ce monument d’une importance patrimoniale capitale et sur l’élan mondial d’émotion et de solidarité qu’a provoqué ce drame. 

 Un monument unique au monde

Édifice qu’on croyait « immortel », Notre-Dame c’est à la fois l’Histoire de France, la religion, l’architecture, la littérature, la musique et le cinéma. Aussi célèbre que la Tour Eiffel, la Statue de la Liberté ou la Tour de Pise, Notre Dame est un emblème. La Cathédrale est en effet l’un des lieux de culte les plus importants et les plus prisé dans le monde avec plus de 14 millions de visites annuelles. Notre-Dame accueillait en son sein plusieurs reliques sacrées dont la tunique de Saint Louis et la couronne d’épines qu’aurait porté Jésus le jour de sa crucifixion. Nous savons aujourd’hui comme l’a annoncé Monseigneur Patrick Chauvet, recteur-archiprêtre de la Cathédrale, que ces deux artefacts sont parfaitement intacts.

 « C'est notre histoire, notre littérature, notre imagination, l'endroit où nous avons vécu tous nos plus grands moments »  - Emmanuel Macron

Notre- Dame est aussi ancrée dans l’histoire de l’architecture et de la littérature française, immortalisée par le romain de Victor Hugo écrit en 1831. Ce livre avait redonné un souffle au monument puisque des travaux de rénovation avaient été entrepris après la publication du roman.

 

 

Qu’en est-il des futures rénovations ?

 « C’est toute l’Histoire, jusqu’aux techniques les plus récentes du XIXe siècle, qui est partie en fumée » - Philippe Plagnieux, professeur d’histoire de l’art du Moyen Âge (Paris Sorbonne).

À l’heure actuelle, l’état de la Cathédrale reste très préoccupant. L’incendie a détruit la « Forêt » c’est à dire la magnifique charpente en bois construite de 1220 à 1240, ainsi que la Flèche qui avait été rajoutée lors des rénovations de Viollet-le-Duc, du XVIIIe. Ce désastre a également ravagé la toiture.

 

Vidéo prise en drone de la Cathédrale, apres l'incendie 

 

La reconstruction de Notre-Dame de Paris va prendre du temps. Néanmoins, celle-ci sera facilitée puisque la France possède les plans précis et que la cathédrale avait été numérisée entièrement en 3D en 2013. La question reste posée au moment où l’on écrit cet article : faut-il rénover la cathédrale à l’identique, ou bien peut-on la moderniser en utilisant des matériaux plus récents et aussi plus résistants ? En parallèle Emmanuel Macron a nommé le Général Jean-Louis Georgelin comme responsable de la reconstruction de la Cathédrale. C’est probablement lui qui devra trancher sur cette question.  

Dès le lendemain de l’incident, un gigantesque groupement de plus de 200 entreprises et de près de 9 000 experts venant de différents métiers de la rénovation et du patrimoine était aussi fondé pour évaluer dans un premier temps l’étendu des dégats.

 

Le point de vue d'un expert

Dans une interview donnée à Batiactu mardi dernier, l'ingénieur Paolo Vannucci, qui a publié il y a deux ans un rapport traitant des risques d'incendie à Notre-Dame , apporte des précisions sur les conséquences du sinistre et sur la reconstruction de Notre Dame.

 Il estime tout d’abord que la cathédrale est aujourd’hui fragilisée : sa résistance au vent à diminuée de 60%. Il précise que des tests devront être réalisés pour savoir si une simple restauration de la voute sera suffisante ou si une reconstruction totale est nécessaire.

 Concernant les délais de reconstruction un délai de 5 ans lui semble être réaliste si la structure en pierre est conservée. Il fait d’ailleurs remarquer qu’au moyen âge l’assemblage de la charpente avait nécessité un délai relativement similaire.

 Au sujet des débats concernant le type de restauration et de reconstruction à envisager il note que nous devrons respecter la charte internationale de Venise relative aux monuments historiques, qui impose une reconstruction identique à l’avant sinistre. Il pense que l’utilisation du bois au lieu d’autres matériaux est logique car elle a fait ses preuves de longévité et est adapté à la structure du bâtiment et aux contraintes de résistance au vent. Une charpente plus légère à base de matériaux moderne nécessiterait un solide ancrage dans la structure de pierre pour éviter les risques.

 

Un drame qui a touché le Monde entier

L’émotion fut ressentie partout à travers le monde après l’annonce de ce drame. En Afrique du Sud, qui reste un pays où les catholiques représentent moins de 5 % de la population, les gens se sont retrouvés dans les rues de Johannesburg afin de prier pour certains, ou de pleurer pour d’autres. Sur RFI, une jeune catholique explique qu’elle a pleuré : « particulièrement quand la flèche est tombée. À ce moment-là, c’est comme s’il n’y avait plus d’espoir. Je compatis avec les Français. ». Un sentiment d’impuissance a gagné beaucoup d’expatriés venus des quatre coins du globe. Une jeune Française vivant à l’Ile Maurice a déclaré être restée jusqu'à 2h du matin devant la télévision pour suivre l’évolution du travail des pompiers. Un congolais vivant en Afrique du sud s’exprime pour RFI en déclarant : « On a des cathédrales […] Mais Notre-Dame date du Moyen Âge… »

De l’autre côté du Globe, plusieurs cagnottes se sont spontanément ouvertes sur internet. Aux Etats-Unis, la plateforme de financement participatif Go Fund Me a enregistré plus de 50 cagnottes. En Russie, le directeur du Département des Musées du Ministère de la Culture aimerait lancer une collecte à travers le pays. De son côté, Donald Trusk, le Président du Conseil Européen a demandé aux pays membres de l’UE de participer à la reconstruction. 

De nombreuses fortunes et entreprises françaises ont décidé de faire un don pour la rénovation de la cathédrale parmi lesquels la Famille Arnault (200 millions), la Famille Pinault (100 millions), Total (100 millions) ou encore la Famille Bettencourt et le Groupe l’Oréal (200 millions). À ce jour, ce sont plus d’un milliard d’euros qui ont été collectés. Les dons des particuliers en France sont également à saluer et confirment que la question du patrimoine et de sa préservation est une thématique chère aux français. Il a fort à parier que dans la mouvance de la reconstruction de Notre-Dame de nouveaux sujets surgissent dans les débats publics autour de la politique française en matière d’entretien et de protection du patrimoine.